Article paru dans le Télégramme, le 8 avril

Anne-Cécile Juillet : Il y a ce décompte, quotidien, terrifiant. Ces anciens qui disparaissent, emportés dans leurs Ehpad, par un ennemi invisible. Il y a aussi, chaque jour, des milliers de soignants et de directions, qui ferraillent contre. Pour faire face, et pour sauver le plus possible de ces vies précieuses. "Nous leur devons beaucoup, ne l'oublions pas", glisse Pascale Creis.

A Saint-Thégonnec (29), elle dirige la Maison Sainte-Bernadette, qui accueille 110 résidents, 87 ans de moyenne d'âge. Il y a ici des veufs et des veuves, mais aussi des couples, des fratries, des anciens voisins, personnes souvent nées dans ce petit coin de Finistère, qui se retrouvent ensuite dans cette grande bâtisse, moderne et colorée.

Pascale Creis dirige les lieux depuis dix ans. Elle croise les doigts. Pour l'heure, pas un cas de Covid n'a atteint "ses" anciens.

"Confinés, pas enfermés"

Elle ne verse pas dans l'autosatisfaction pour autant :"Chaque jour sans Covid est un jour de gagné", résume-t-elle. "Nous avons anticipé les directives gouvernementales, en passant il y a trois semaines déjà en confinement en chambre", poursuit-elle. Après l'arrêt des visites des proches, fini les parties de dominos en groupe après le goûter, les repas dans la salle commune ou les anniversaires fêtés en commun. Pour autant, confiné ne veut pas dire enfermé : ceux qui le souhaitent laissent leur porte ouverte, pour profiter de la vie qui passe dans le couloir. Ce sont les animations qui viennent à eux : "Certains jours, jusqu'à une quarantaine de résidents peuvent aller, l'un après l'autre, prendre l'air dans la cour, avec un accompagnant. D'autres plient du linge, ou jouent à des jeux, mais toujours en tête à tête avec un employé. "Certains, particulièrement amis, s'appellent de chambre à chambre, pour garder le lien."

"Au-delà des protocoles, des statistiques et des gestes barrières, une chose ne doit pas manquer : la chaleur humaine, la présence, l'humour. On doit préserver la joie. C'est cela qui leur permet de continuer d'avoir envie, et c'est essentiel, parce-qu'en ces temps anxiogènes, ils ne doivent pas baisser les bras."

Derrière son Ehpad, tout un village

Pour cela, il y a quelque 80 membres du personnel, de l'administration aux cuisines, en passant par les soignants et les animateurs. Et puis, il y a Quentin, la jeune vingtaine souriante. Avec ses deux tablettes, il permet à Jeanne, 91 ans, Marie, 80 ans et à beaucoup d'autres de continuer à garder le contact, essentiel, avec les familles : c'est lui qui cale les sessions de visioconférence, dimanche inclus. Elles peuvent aussi suivre la vie de leurs proches sur le site de la résidence.

Il y a aussi, derrière son Ehpad, tout un village. "Nous avons reçu des centaines de dessins des enfants de la commune, les épouses des membres du conseil d'administration -qui sont tous bénévoles- nous ont cousu des masques en tissu pour laisser les chirurgicaux aux soignants, la mairie nous a aidé pour trouver des lieux d'hébergements pour notre personnel, au cas où".

Cette solidarité, qui fait "chaud au coeur", Pascale Creis voulait la partager, notamment en écrivant une lettre ouverte. Pour ne rien occulter du drame qui se joue, mais ne pas lui laisser toute la place. Et en laissant un peu à la vie qui continue.

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